2 – Il était une fois un petit garçon heureux.

Mon parrain, et son épouse m’ont offert beaucoup de beaux et précieux objets. Que je n’ai plus. Eux non plus je ne les ai plus. Les objets, je les ai quitté après y avoir été attaché. Pour une raison que j’évoquerais sans doute plus tard, ma chère C,.

Ils m’ont offert deux livres magnifiquement illustrés, aux couleurs magnifiques, grands formats. L’un d’entre eux était « Le vieil homme et la mer » de ce cher Ernest, dont certains aspects de sa vie de reporter m’ont plus intéressé que son oeuvre, que je ne me rappelle guère, en dehors de quelques titres.

La coïncidence fait qu’il était ambulancier pendant la guerre mondiale, la première. Sauveur de vies. Au front. Comme d’autres en sauvent aujourd’hui, ou tentent de le faire.

Ce livre, il m’a fallu du temps pour le lire. Le début n’était pas prometteur pour un petit garçon. Trop de pensées complexes, abstraites, de questions de grandes personnes.

Mais au fil des pages, j’y suis arrivé et j’ai du sans doute le relire plus de vingt fois par la suite.

Ce petit garçon qui croit en son ami, ce vieil homme que tout le monde estime fini. Ce vieil homme qui n’a d’autre choix que d’essayer de prouver qu’il est toujours fort et grand. Cette société humaine, ou l’inhumanité est la règle.

Fasciné, je l’ai été, par toutes ses leçons révélées. J’aurais alors aimé être ce petit garçon, je m’identifiais au vieil homme au mains calleuses qui tient son fil qui le brûle et blesse sa peau, je rêvais de ce poisson énorme et gigantesque qui devra rendre raison. Et empli d’émoi quand le vieil homme épuisé devra encore combattre un ennemi affamé

Une leçon de vie, fascinante, pour moi qui était alors protégé dans un superbe jardin sauvage, à Toulon, gigantesque pour moi, partageant mon territoire avec mon frère, les chats, hérissons et porcs-épics et couleuvres. Et les fourmis.

Une ode à la vie, malgré la mort du poisson, et à notre si chère écologie. Au dur labeur du pêcheur, et à celui d’être un homme. Quant au regard et l’impact de la société.

Aujourd’hui ne dit on pas qu’après cinquante ans, un travailleur est bon à jeter? Et qu’un homme ne vaut plus rien?

Je connais des hommes et des femmes, largement âgés, qui coupent leur bois et tirent l’eau du puits ou vont la chercher à la source. Je n’en serais pas capable et n’en ait pas l’envie. Mais surtout pas la nécessité qui fait loi.

Je fréquente, de par mes clients, des hommes et femmes qui ont fui leur pays, et tentent, et réussissent, avec obstination et volonté, malgré les embûches administratives, les filières clandestines, les risques à rebondir et obtenir des situations stables, après avoir souvent travaillé au noir, sans papiers, et vécus dans des conditions insalubres inacceptables.

Je vois, plus rarement, des hommes et des femmes, qui ont tout perdu, du fait d’addictions, ou de divorces et qui se relèvent.

Je suis des handicapés tellement volontaires et obstinés que les portes finissent par s’ouvrir un jour.

Et je vois aussi ces personnes qui veulent faire fui, par peur, les soignants de leurs logements. Et qui en même temps, sans doute les applaudissent le soir à 20 heures.

La dualité d’une société ou petit garçon, je ne savais pas qu’Hemingway me donnerait à écrire.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Litterature/Le-vieil-homme-et-la-mer

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