Il était une fois un petit garçon heureux.

Le cri célèbre de Johnny Weissmüller traversa les premiers contreforts de la jungle. Il n’était pas si bien imité que cela. Mais on l’entendit dans les bâtiments à côté. 

C’était en 1974 et avec mon frère nous nous balancions aux lianes qui tombaient des arbres à côté de chez nous.

À cette époque ma chère S je vivais en Guyane près de Cayenne et notre appartement donnait directement sur la jungle et les singes et autres animaux qui nous envahissaient.

C’est merveilleux pour deux gamins de pouvoir jouer à Tarzan et de bénéficier d’un terrain de jeu aussi vaste et aussi sauvage. Il paraît que la Guyane a beaucoup changé mais ceci est une autre question.

J’entrais en 6e et mon professeur de français pour la petite histoire s’appelait mademoiselle Ho Ha Sin.

C’était notre professeur principal et elle avait souhaité se singulariser en nous faisant acheter des stylos à encre violette.

Assez curieuse elle écoutait beaucoup la radio à l’époque il ne devait y avoir qu’une ou deux chaînes publiques et elle nous avait parlé des bombes aérosols. Vous savez celles que vous utilisiez sans doute à une époque et qui avaient la fâcheuse manie à vouloir excréter un gaz qui se retrouvait ensuite dans l’atmosphère pour la détruire. C’est ainsi que pour la première fois de ma vie j’entendis parler de ce trou énorme au dessus de l’antarctique, qui mangeait la couche d’ozone. Une petite pression de déodorant ou de laque à cheveux et le trou s’agrandissait. Je n’ai jamais tenté de me représenter l’image de ce gouffre ou de conceptualiser cette détérioration de notre atmosphère. Mais cette information est restée gravée en moi et je m’y réfère souvent.

A l’époque la Guyane française, malgré la chaleur humides et ses moustiques (nous avions cependant la chance d’être un peu en hauteur et relativement épargnés à la différence des habitants de Cayenne) c’était un terrain de jeu et de découverte merveilleux. 

En vrac : les papillons, les indiens (mes parents m’avaient offert le livre de ce français qui s’était intégré à eux “antekume”, seul livre de ma biliothèque que j’ai conservé – c’est un autre sujet la disparition des objets non essentiels au fil du temps mais surtout d’un certain événement). la pêche aux crabes, le Seven up inconnu alors en France, les scarabés et matoutou, les fourmis et sauterelles et toute une faune et une flore extraordinaire et diversifiée qui nous a permi de jouer aux explorateurs, et de profiter d’un terrain de jeu autour de chez nous sublime. Avec en prime la pêche aux gros poissons au bord de la mer et la mer. Opaque à cause des alluvions, mais si chaude. Et puis j’avais le premier manuel des castors juniors sur ma table de chevet….

Depuis j’ai bien changé ; je vais sans doute vous faire bondir, mais depuis que j’ai retrouvé Paris et son bitume je suis très heureux. Si j’ai adoré gamin ces moments sauvages, ou dormir sous un carbet à tous vents malgré une pluie continuelle fut l’un des moments privilégié de ma vie, si j’ai adoré d’autres moments de cette vie ou la nature était très présente, grâce à des parents écologistes dans l’âme avant l’heure, à Montlouis, Toulon, Fort de France, Montpellier et tant d’autres endroits où je vécus, je suis amoureux des espaces goudronnés, pavés, ou cimentés.

Cependant aujourd’hui le Covid19 s’invite et amène des idées encore plus sombres que d’habitude à notre chère S.

Je ne souffre pas personnellement de ce confinement, habitué d’être solitaire et individuel. Me manquent bien les longues balades dans Paris, le soleil sur ma peau, et la possibilité de sortir quand je le veux. Comme pour nous tous. Mais je n’ai que moi même à gérer, pas d’enfants en bas âge, pas d’enfants à éduquer, et personne à disputer dans mes 35 mètres carrés (je précise que j’ai vécu aussi dans neuf m2 il y a peu et que j’adorais – mais ce n’est possible vraiment que seul).

Mais surtout, malgré Covid19, et j’en connais certains qui vont grincer des dents, je travaille. Et en contact avec les gens. Quand je rentre je n’ai envie que de silence.

En fait S, je crois que je vais avoir besoin de beaucoup de temps pour vous répondre. Je ne sais pas si j’en aurais le courage.

Aussi je vous donnerais la conclusion immédiatement. Moi qui suis toujours à regarder le verre à moitié vide, et ne jamais rêver d’un contenant rempli complètement (il pourrait déborder non? ) je veux vous dire, mais je vais être obligé d’y aller par des chemins détournés, qu’il y a de l’espoir, et que le soleil reviendra. 

En fait je n’ai peur que de deux choses (ou trois) :

  • la fission nucléaire, notre ami de Corée ou le commandant en chef des armées américaines (et combien d’autres irresponsables capables d’appuyer sur le bouton (drôle d’image, ce serait plutôt des clefs d’ailleurs). Tiens on a aperçu (très vite) récemment le porteur de la mallette aux codes quand notre national Emmanuel Macron s’en fut se balader à Mulhouse en plein confinement, ne mettant son masque que tardivement ; et je ne parle pas de la parfaite hygiène de ce moment mais je présume que celui qui le lui a tendu difficilement était un porteur sain.
  • l’astéroïde qui pourrait nous arriver dessus bientôt (en ce cas pas la peine que je continue d’ailleurs.
  • les événements climatiques et géologiques extrêmes.

En dehors de ces trois éléments sur lesquels je n’ai aucun contrôle, j’ai de l’espoir.

Je vais avoir besoin de temps, S,  pour vous, pour vous redonner le sourire. 

Je passerais par certaines digressions, sans doute, et sans plan préconçu.

J’y arriverais peut être. Sinon, ce sera un bon exercice de style. Peut être pourrais je distraire quelques personnes.

Bien à vous, S.

Au fait notre Julie nationale n’a plus rien à dire mais elle le dit quand même.

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